Costas Vergopoulos : L’Europe se révèle être la « tache noire » de l’économie mondiale

 

(στα ελληνικά)

[…] Ce que nous disions dès 2010 se vérifie actuellement de la manière la plus dramatique qui soit. L’Europe se révèle être la « tache noire » de l’économie mondiale, puisqu’elle est la seule qui, avec autant d’intransigeance, continue de proposer l’austérité en guise de politique face à la crise ! Il en résulte qu’elle ne lutte pas véritablement contre la crise. Au contraire, elle lui pave la voie. En revanche, les USA, le Japon, l’Angleterre, accordent la priorité à l’emploi, à la lutte contre le chômage qui est la clef, l’indicateur concernant l’état de l’économie […] Costas Vergopoulos, Professeur d’économie politique à l’Université Paris VII, parle à Crystalia Patouli, dans le cadre de l’Enquête sur la crise, à propos de la crise sociale en Grèce où 6,3 millions de Grecs sont en danger de pauvreté (3,8 millions) ou bien sous le seuil de pauvreté (2,5 millions) et où, en même temps, 1.300.000 de jeunes sont sans emploi.

Traduction du Grec : Cristine Cooreman

[…] Ce que nous disions dès 2010 se vérifie actuellement de la manière la plus dramatique qui soit. L’Europe se révèle être la « tache noire » de l’économie mondiale, puisqu’elle est la seule qui, avec autant d’intransigeance, continue de proposer l’austérité en guise de politique face à la crise ! Il en résulte qu’elle ne lutte pas véritablement contre la crise. Au contraire, elle lui pave la voie. Dans d’autres régions du monde, les choses ne se passent pas ainsi. Les USA, le Japon, l’Angleterre, par exemple, accordent la priorité à l’emploi, à la lutte contre le chômage qui est la clef, l’indicateur concernant l’état de l’économie.

La clef de la reprise consiste à assurer des emplois, fussent-ils temporaires, aux chômeurs. En Grèce, les chiffres du chômage flambent et, pour leur part, les politiciens au pouvoir n’estiment pas que cela est trop dramatique : ils les considèrent comme l’effet naturel du prétendu «assainissement» du secteur public qui, pour eux, représente la priorité absolue. […]

Cr.P. : Et, à propos de ce qui s’est produit en Grèce, avec la démission de Hollande, que diriez-vous ? Avant les élections, vous aviez dit qu’il était pour un programme contre l’austérité…

C.V. : Il n’a pas respecté les attentes qu’il avait créées, sans que l’on puisse dire qu’il les ait complètement abandonnées, pour autant. En effet, il chuchote encore qu’il est nécessaire de changer de politique et de la recadrer sur l’emploi. Mais, en ce moment, en Europe, l’Italien Renzi a pris les devants sur Hollande, il apparaît plus dynamique.

Et, la preuve que les européens peuvent adopter des décisions contraires à la volonté de l’Allemagne, c’est ce qui s’est produit à la Banque centrale européenne où, le 4 septembre dernier, tous les pays, y compris le Conseil de la Banque, ont approuvé la politique de son Président, M. Draghi, l’Allemagne étant la seule qui s’y opposait.

Ce n’est pas vrai que, en Europe, l’Allemagne peut faire ce qu’elle veut. Elle le fait tant que les autres la craignent et en acceptent la volonté sans y croire. S’ils osent s’opposer, l’Allemagne se retrouvera dans la minorité.

[…] Le gel des échanges commerciaux entre l’Europe et la Russie et les menaces dans le domaine de l’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel russe aggravent, bien évidemment, le climat économique dans l’espace européen et alimente des perspectives encore plus sombres pour l’Europe qui devra réagir par un changement de politique et développer des initiatives de paix sur son côté est, de sorte à assurer l’avenir et à créer des perspectives dont la dynamique sera véritablement orientée vers la croissance et qui viseront véritablement la reprise.

[…] Il convient, en premier lieu, de stabiliser les économies, d’accélérer les rythmes de croissance et, ensuite, de réduire les déficits. Pas tant que l’économie sombre dans les rythmes négatifs dans toute l’Europe, Allemagne incluse !

[…] l’obstination avec laquelle l’Allemagne impose les réformes dites structurelles a créé un problème structurel insurmontable. Je tiens à répéter que nous nous n’avons cessé de relever ce problème au cours des cinq dernières années. Et, aujourd’hui, cela se vérifie. Et cela est étayé par la trajectoire différente des autres pays et régions du monde, tels les USA, l’Angleterre et le Japon.

Ainsi, ces pays n’accordent pas la priorité aux réformes dites structurelles mais bien à la reprise, à la lutte contre le chômage. Bien entendu, ils mettent en œuvre un programme de réformes, mais ils n’en font pas une priorité. C’est ce qui importe.

De plus en plus d’européens prennent actuellement conscience du problème structurel de la crise européenne qui devient plus clair. Bien que les politiciens soient les derniers à en prendre conscience. Les économistes, bien que l’on puisse les accuser de bien des choses, ont relevé ce problème depuis plusieurs années. De nos jours, les politiciens commencent à y voir, eux aussi, plus clair.

[…] De nos jours, il existe une perspective qui se dessine de plus en plus précisément : il faut changer de politique en Europe qui est actuellement arrivée, sans raison et par son propre choix, dans une impasse ! Et il ne s’agit pas uniquement de la Grèce et de l’Italie, voire, de la France. Il s’agit de la totalité de l’Europe, l’Allemagne incluse.

Toutes les autres régions du monde, les USA, la Chine, le Japon, les pays en développement, considèrent l’Europe comme un point noir qui entraîne l’économie mondiale vers le fond. C’est pourquoi elles exigent, ensemble, que la politique européenne actuelle change ! Les G7, G8, G20, tous se tournent vers l’Europe en exigeant : « Changez enfin de politique ! Ça ne va plus ! »

Depuis le 4 septembre, la Banque centrale européenne, elle-même, change rapidement de politique, suite aux propositions de son président, Mario Draghi. Les possibilités d’intervention dans le sens d’un changement de politique européenne vont croissantes tout comme la possibilité sérieuse de créer des alliances au sein de l’Europe, de sorte à ce que la construction européenne change de politique.

[…] Des gens se suicident, sont écrasés ! Les gouvernements, ont-ils jamais calculé le coût des effets dévastateurs en termes de pauvreté et d’épuisement, de morts et de suicides, de la politique actuelle ? Les gens de tous les jours ont besoin d’être soulagés dans l’immédiat, de respirer. Ils ne procèdent pas à des explorations d’ordre théorique quant à savoir quelle serait une véritable politique de gauche. Et, dans la conjoncture actuelle, cette question ne se pose pas. […]

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