Enquête: la crise grecque, causes et solutions

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09:47 | 20 Απρ. 2014

Enquête: la crise grecque, causes et solutions (français)

« L’apparition de l’ordre bourgeois et de la modernité*- au 19e siècle- fut associée aux premières divisions concernant l’être humain. La première fut celle opérée entre individu et citoyen. Une autre division fut celle opérée entre économie, politique et société. » Karl Polanyi.

En nous fondant sur cette séparation due à la modernité, nous nous proposons de fournir un résumé des résultats de l’enquête approfondie que nous avons menée sur les causes et les solutions de la crise. Une enquête qui pose, entre autres, la question primordiale de la survie de ce type anthropologique moderne.

Par : Crystalia PatouliKostas Katsimpras

Traduction du Grec : Lazaros MavromatidisCristine Cooreman

» Quelles sont les causes qui nous ont mené ici et, surtout, que devrions-nous faire ? » 161 personnalités de la littérature, de la science et des arts qui évoluent en Grèce, à Chypre et à l’étranger, et 19 personnes supplémentaires (180 personnes, au total) furent interviewées en fonction de l’actualité du quotidien ont répondu (suite à une invitation ouverte), ou ont rédigé des textes et des lettres publiées dans le cadre de cette enquête. L’ensemble a créé un débat parallèle constamment mis à jour sur le site www.tvxs.gr avec plus de 270 articles et entretiens.

Les résultats de cette enquête menée par l’activiste Crystalia Patouli depuis août 2010 jusqu’à aujourd’hui, ont été étudiés avec la participation de cinq activistes volontaires ** et seront publiés bientôt dans un ouvrage (éditions Kedros / préface de Zissis D. Papadimitriou et Stelios Kouloglou) qui présente les principales thèses et propositions des participants, réparties en 16 sous-unités thématiques en fonction de la qualité des participants.

Cet article présente la synthèse des résultats de l’analyse en trois sections (économie, politique, société). À la fin de chaque section, un résumé est donné assorti de quelques questions que l’on peut raisonnablement se poser (en outre, un lien renvoyant aux extraits exprimant la majorité des réponses dans chaque section).

 

1. ÉCONOMIE

 

ÉCONOMIE – LES CAUSES

La plupart des participants à l’enquête conviennent que, sur le plan économique, les principales causes de la crise grecque sont les suivantes:

• crise structurelle mondiale

• chantage systémique / épuisement des ressources naturelles, en vue de la spéculation

• capitalisme de spéculation

• Amoralisme et intérêts spéculatifs: dictature des marchés

• Effondrement du système bancaire

• dette / emprunts / déficit

• Problèmes de l’économie grecque: l’évasion fiscale, la désindustrialisation, la baisse de la production nationale, le secteur public démesuré, le secteur privé financé par l’État

• les mesures d’austérité

Quelques extraits: ICI

 

ÉCONOMIE – SOLUTIONS

La plupart des participants conviennent que les solutions suivantes pourraient résoudre les problèmes de l’aspect purement économique de la crise:

• Effacement des dettes / Seisachtheia mondiale

• Redistribution de la richesse

• Décroissance / Localisation de l’économie

• Augmentation de la productivité de l’économie grecque

• Agriculture écologique / Tourisme / Culture

• Réparations allemandes (que l’Allemagne doit à la Grèce depuis la fin de la deuxième guerre mondiale)

Quelques extraits: ICI

 

Résumé :

L’on voit qu’il s’agit d’une crise économique structurelle globale qui avait été prévue dès 1972 et s’est détériorée à cause du capitalisme des marchés qui a prévalu au cours des dernières décennies avec l’accumulation d’énormes quantités d’argent. Cependant cet argent ne correspond pas à des valeurs réelles, il s’agit de ce que l’on appelle la «bulle ». Lorsque la crise économique a éclaté en 2008 suite à la faillite de Lehman Brothers, ce nouvel ordre économique a conduit à un effondrement des revenus de l’économie grecque qui a touché également le système financier international et national, qui s’est tourné vers l’État à la recherche de soutien.

Ainsi, l’effondrement des banques grecques, dû à la spéculation des capitalistes, a conduit à des emprunts dans le contexte d’un État déjà endetté, peu rentable et contreproductif. Ces emprunts ont eu pour effet un accroissement ultérieur de la dette. Afin de réduire celle-ci, le pouvoir (capitalistes et politiciens) a décidé d’adopter des mesures d’austérité touchant les contribuables, au point où des questions se posent quant à la viabilité à la fois de la dette et des citoyens.

La réalité se résume donc au fait que les marchés ont prêté de l’argent qui n’existait pas et sont remboursés avec de l’argent réel issu des sacrifices d’une nation entière!

Les solutions proposées, du point de vue économique, pour faire sortir la Grèce de cette crise sont presque toutes opposées aux mesures déjà imposées. Quelle est donc la responsabilité du système politique et de la société pour la prévalence de ce paradoxe ?

 

2. POLITIQUE

«Il s’agit, dorénavant, de savoir qui va diriger le monde. La politique n’est plus, depuis quelques années, une affaire des citoyens. Ces dernières années, la politique se résume en la médiation visant à préserver les intérêts économiques nus.» Takis Kafetzis

 

POLITIQUE – CAUSES

La majorité des participants conviennent que, en termes politiques, les principales causes de la crise grecque sont :

• la domination mondiale de l’économie sur la politique

• la mentalité du citoyen grec et sa relation avec l’État

• la « particratie » (domination des partis et, principalement, celle des deux grands partis – PASOK et ND)

• le clientélisme

• Corruption / Interweaving

• La crise des institutions (exécutif et législatif, judiciaire, médias)

• Violation de la Constitution

• Le défaut d’intégration politique de l’Europe / Effondrement de l’esprit européen

Quelques extraits: ICI

 

POLITIQUE – SOLUTIONS

La majorité des participants sont d’accord sur les solutions suivantes pour résoudre l’aspect politique de la crise :

• Dissocier dipôle politique-économie

• Récupération de la souveraineté nationale

• Mise en place d’une société civile et responsable

• la démocratie directe / la participation civique dans la politique / le contrôle du système politique

• Changer de Constitution / Séparation des pouvoirs

• Modification des structures et des institutions de l’UE

• Lutte contre la corruption / Assainissement / Justice

Quelques extraits: ICI

 

Résumé :

Les intérêts économiques mondiaux se sont imposés sur la vie politique. Le système politique grec, fondé sur le clientélisme et la corruption, n’avait pas le pouvoir de s’opposer à la politique d’austérité de l’UE déterminée par les intérêts économiques privés et la spéculation.

La participation des citoyens dans la prise des décisions liée à la survie, mais aussi dans la politique en général, est presque inexistante. Les institutions étatiques existantes sont faibles ou quasiment inactives.

Mais pourquoi les citoyens ne peuvent pas mettre en place une société qui jouerait, dorénavant, un rôle institutionnel dans la prise de décisions ? Pourquoi le pouvoir est-il cédé aux politiciens-professionnels qui ont fait leurs preuves, et ont une part énorme de responsabilité dans la crise actuelle ? Soulignons, notamment, ceci: «Aujourd’hui, nous avons atteint le point ultime: Il n’y a pas de personnes susceptibles d’encadrer ce pays, qui auraient les compétences requises au vu des responsabilités qu’ils entreprendraient, et les valeurs morales requises afin d’œuvrer en faveur de la société … » Phoebus Economides

 

3. SOCIÉTÉ

«Le système détruit progressivement tous les types humains qui sont nécessaires à son existence et son fonctionnement » Cornelius Castoriadis

 

SOCIÉTÉ – CAUSES

La majorité des participants considèrent que, en termes de société, les principales causes de la crise grecque sont les suivantes :

• Avidité / consommation

• Acceptation de la situation / participation – complicité dans la corruption politique

• L’individualisme / manque de collégialité et de solidarité

• Absence a) d’une forte organisation sociale (syndicats, associations, etc.) , b ) de participation au fonctionnement de la société , c ) pouvoir de contrôle faible

• Manque d’éducation / culture

• L’individu est devenu consommateur / client

Quelques extraits: ICI

 

SOCIÉTÉ – SOLUTIONS

Les solutions suivantes sont proposées afin de résoudre l’aspect social de la crise :

• Changement du système des valeurs de la société

• Renversement et reconstruction (du système politique et de la culture – mode de vie)

• Résistance / mouvements sociaux / coopération entre les peuples

• éducation / connaissance historique correctes

• Contrôle du pouvoir

• Citoyenneté / Création d’une société civile et participation active aux décisions politiques

• Solidarité / aide mutuelle / Dignité / amour

Quelques extraits: ICI

 

Résumé :

La Grèce, qui était le pays le plus faible du point de vue de l’économie réelle, avec un clientélisme intemporel liant le citoyen au politicien et le manque d’éducation et de mémoire historique, qui pourrait agir comme un moyen de défense (culture, connaissance historique, etc.), ont eu pour effet de produire une crise particulièrement aiguë, par comparaison à celle touchant d’autres pays ; la Grèce devint, ainsi, le «patient officiel» de l’Europe. Il s’agit donc d’un pays qui n’a pas été en mesure de développer une résistance sociale collective en dépit de la gravité, toujours croissante, de la crise et, surtout, de ses aspects humanitaire et culturel.

Il reste donc à voir si notre société individualiste trouvera des tissus conjonctifs de sorte à former un corps et une institution politique, en tant que société civile, qui décidera de se confronter efficacement avec la «révolution» des capitalistes – technocrates, qui est en cours. –

Références:

( * ) La modernité associée à l’idée de «l’identité européenne», c’est-à-dire, l’idée selon laquelle, à partir du siècle des Lumières, d’une part, l’Europe est devenue un centre mondial du progrès scientifique et, selon Max Weber, un symbole de désenchantement du monde ( « chasser la superstition » ), et, d’autre part, a conquis le degré de civilisation le plus élevé, et s’est, simultanément, investie de la mission de la diffuser de par le monde.

– L’état d’exception ou d’urgence consiste en l’adoption, par le Parlement, de lois par le biais de décrets législatifs qui ne sont pas préalablement soumis au contrôle de constitutionnalité, sous rétexte que le pays est menacé par un ennemi externe ou interne. Cette stratégie de manipulation de la vie politique fut initialement appliquée à la République de Weimar, en 1930-1932.

(**) Kostas Katsimpras, Lazaros Mavromatidis, Anna Bykalyuk, Stelios Kavyris et Renia Pournara.

Photo: Efstathia Patouli

A lire également :

P.S. Nous sommes à la recherche de traducteurs pour l’espagnol, l’allemand, etc.

***

Le manifeste « Appel ultime » des Espagnols et l’enquête grecque sur la crise

Le comment nous en sommes arrivés là et pourquoi changer notre civilisation s’impose dorénavant sont deux choses qui deviennent de plus en plus clair dans le monde entier. C’est aussi important qu’intéressant de voir que les conclusions de l’enquête activiste grecque sur les causes et les solutions de la crise* vont dans le même sens que le Manifeste » Appel ultime » des Espagnols.

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